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Reptile · Terrestre

Tortue à soc : trop belle pour son propre bien

Sa carapace dorée en fait l'une des plus belles tortues du monde, et c'est justement ce qui la condamne. Victime du trafic d'animaux de compagnie, la tortue à soc de Madagascar ne compterait plus que 50 à 100 individus dans la nature. Des élevages de sauvegarde préparent son retour.

334 tortues à soc saisies par les autorités entre 2002 et 2016, alors qu'il en restait quelques centaines dans la nature

Une tortue à carapace bombée, dorée et brune, avance sur un sol de feuilles sèches entre des arbustes, dans son milieu naturel.
Une tortue à soc sauvage dans son habitat de la baie de Baly, à Madagascar. Photo : Andrea Currylow, Angelo Ramy Mandimbihasina, Paul Gibbons et al. (PLOS ONE, 2017), CC BY 4.0 (source)

Description de l’animal

La tortue à soc, appelée angonoka à Madagascar, porte une carapace ovale et très bombée. Ses écailles dorées, cerclées de brun foncé, en font l’une des plus belles tortues terrestres du monde. Les mâles mesurent de 36 à 49 centimètres et pèsent jusqu’à 19 kilos. Les femelles sont un peu plus petites.

Son nom vient d’un détail de son plastron, la partie inférieure de la carapace. À l’avant, une écaille se recourbe vers le haut et forme une pointe entre les pattes avant, comme le soc d’une charrue.

Vue de profil d’une tortue à soc : carapace très bombée aux écailles dorées soulignées de brun, et pointe avancée sous le cou.

Elle vit dans la savane arbustive du nord-ouest de Madagascar, entre bambous, palmiers et fourrés. Elle se nourrit surtout de feuilles d’arbustes et de fruits, mais évite les feuilles de bambou, qui peuvent contenir du cyanure. Elle consomme même les excréments de lémuriens et de potamochères. Pour se protéger, elle se cache dans les fourrés denses, mais préfère se nourrir dans les clairières herbeuses. Active le jour, elle se repose presque toute la saison sèche, de mai à octobre. Elle est surtout active en novembre et en décembre.

Sa reproduction est très lente. Une femelle pond quatre à cinq fois par an, mais seulement un à six œufs à chaque fois, et l’incubation dure en moyenne près de huit mois. Comme chez beaucoup de tortues, c’est la température d’incubation qui détermine si le petit sera un mâle ou une femelle. Les petits sont autonomes dès l’éclosion, mais beaucoup ne survivent pas : selon les années, entre 44 % et 96 % des jeunes passent le cap, contre environ 97 % des adultes.Il faut ensuite une vingtaine d’années pour qu’une tortue à soc devienne adulte. Elle pourrait vivre de 50 à 100 ans.

Le saviez-vous ? Le « soc » sert d’arme pendant la saison des amours. Deux mâles rivaux s’affrontent en tentant de glisser leur soc sous la carapace de l’autre pour le retourner sur le dos. Le vainqueur gagne le droit de courtiser la femelle. Ces combats ont lieu pendant la saison des amours, d’octobre à février, avec un pic en novembre et décembre.

Pourquoi elle est en danger

L’espèce ne vit que dans un seul endroit au monde : la région de la baie de Baly, au nord-ouest de Madagascar, où un parc national a été créé pour la protéger.

Sa principale menace est le trafic d’animaux de compagnie. Sa beauté et sa rareté attirent des collectionneurs prêts à payer très cher. Entre 2002 et 2016, les autorités ont saisi 334 tortues à soc, à Madagascar et ailleurs, et le trafic a fortement augmenté à partir de 2010. Les équipes de terrain ont vu les prix du marché noir s’envoler.

Les relevés réalisés entre 2006 et 2015 ont montré que la population avait diminué de plus de moitié. En 2014-2015, on comptait encore environ 500 adultes et subadultes. Depuis, le braconnage s’est intensifié. Deux des quatre sous-populations auraient disparu, et une troisième compterait moins de dix individus. Aujourd’hui, les scientifiques estiment qu’il n’en reste que 50 à 100 dans la nature, et la Turtle Survival Alliance la considère comme « présumée fonctionnellement éteinte » à l’état sauvage. Les feux, allumés pour créer des pâturages pour le bétail, détruisent aussi son habitat.

Ce qui est fait pour la sauver

Le Durrell Wildlife Conservation Trust gère à Ampijoroa, dans le parc national d’Ankarafantsika, un centre d’élevage de sauvegarde. Il est protégé par des gardes armés depuis les attaques de braconniers.

Une écologue accroupie dans la végétation tient délicatement une tortue à soc entre ses mains.

Pour décourager les trafiquants, les équipes gravent un numéro d’identification sur la carapace des tortues sauvages. Une tortue ainsi marquée intéresse beaucoup moins les collectionneurs. Les partenaires financent aussi des patrouilles anti-braconnage autour de la baie de Baly et sensibilisent les communautés locales. Ils travaillent aussi avec les autorités locales pour faire appliquer la loi et surveiller le commerce illégal.

Une bonne nouvelle est venue de Californie. Des tortues à soc saisies chez des trafiquants avaient été confiées en 2010 à la Turtle Conservancy. En 2025, elles ont donné naissance à 25 petits, la première reproduction réussie de l’espèce hors de Madagascar. À partir de 2026, les jeunes tortues doivent être transférées à Madagascar pour y grandir dans des installations protégées.

Les lâchers dans la nature sont pour l’instant suspendus, tant que le braconnage reste trop menaçant. Mais une population de réserve existe désormais. Le jour où la baie de Baly sera sûre, elle pourra la repeupler.

Comment aider

Sauvons les animaux ne recueille aucun don. Voici des organismes reconnus qui agissent pour la tortue à soc :

Et au quotidien :

  1. N’achetez jamais de tortue sans connaître son origine légale. Le trafic d’espèces protégées commence par la demande.
  2. Signalez toute annonce suspecte de vente de tortues rares sur internet aux autorités de protection de la faune.
  3. En voyage, ne rapportez aucun animal ni aucune carapace : c’est souvent illégal et cela alimente le trafic.

Soutenir un organisme

Nous ne recueillons aucun don. Ces organismes reconnus agissent directement pour cette espèce :

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En images

Utilisez les flèches gauche et droite pour parcourir les photos.

  • Une tortue à soc à la carapace dorée et brune mange des feuilles de salade devant un rocher.
    Une tortue à soc au zoo de Francfort (Allemagne), en 2017. Les zoos participent aux programmes d'élevage. Photo : NasserHalaweh, CC BY-SA 4.0 (source)
  • Une tortue à soc posée sur un sol sablonneux, vue de trois quarts, sa carapace brillante aux motifs géométriques.
    Une tortue à soc au parc Pairi Daiza (Belgique), en 2007. Photo : Daniel71953, CC BY-SA 4.0 (source)
  • Un lac calme bordé de végétation tropicale sous un ciel clair.
    Le lac Ravelobe, à Ampijoroa, dans le parc national d'Ankarafantsika, où se trouve le centre d'élevage de la tortue à soc géré par Durrell. Photo : Phantom401, CC BY-SA 4.0 (source)
  • Carte ancienne en noir et blanc d'une baie, avec ses côtes, ses îlots et des indications de profondeur.
    Plan ancien de la baie de Baly (XVIIIe siècle), le seul endroit au monde où vit la tortue à soc. Photo : Auteur inconnu (Bibliothèque nationale de France), Domaine public (source)

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Sources

  1. Astrochelys yniphora — évaluation de la Liste rouge (2008), UICN, consulté le .
  2. Ploughshare tortoise, Phoenix Species Project, consulté le .
  3. Ploughshare Tortoise, Turtle Survival Alliance, consulté le .
  4. Illegal pet trade driving the ploughshare tortoise to extinction, Durrell Wildlife Conservation Trust, consulté le .
  5. Ploughshare tortoise program, Turtle Conservancy, consulté le .
  6. Astrochelys yniphora — fiche de l'espèce, Animal Diversity Web (Université du Michigan), consulté le .

Crédits photo

  1. Une tortue à soc sauvage dans son habitat de la baie de Baly, à Madagascar. Photo : Andrea Currylow, Angelo Ramy Mandimbihasina, Paul Gibbons et al. (PLOS ONE, 2017), CC BY 4.0 (source)
  2. La carapace en dôme et le « soc » qui dépasse sous la tête, entre les pattes avant. Photographiée au parc Pairi Daiza (Belgique). Photo : Hans Hillewaert, CC BY-SA 4.0 (source)
  3. L'écologue Liz Howe avec une tortue à soc, à Madagascar. Photo : Mike Howe, CC BY-SA 4.0 (source)
  4. Une tortue à soc au zoo de Francfort (Allemagne), en 2017. Les zoos participent aux programmes d'élevage. Photo : NasserHalaweh, CC BY-SA 4.0 (source)
  5. Une tortue à soc au parc Pairi Daiza (Belgique), en 2007. Photo : Daniel71953, CC BY-SA 4.0 (source)
  6. Le lac Ravelobe, à Ampijoroa, dans le parc national d'Ankarafantsika, où se trouve le centre d'élevage de la tortue à soc géré par Durrell. Photo : Phantom401, CC BY-SA 4.0 (source)
  7. Plan ancien de la baie de Baly (XVIIIe siècle), le seul endroit au monde où vit la tortue à soc. Photo : Auteur inconnu (Bibliothèque nationale de France), Domaine public (source)

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