Reptile · Terrestre
Tortue à soc : trop belle pour son propre bien
Sa carapace dorée en fait l'une des plus belles tortues du monde, et c'est justement ce qui la condamne. Victime du trafic d'animaux de compagnie, la tortue à soc de Madagascar ne compterait plus que 50 à 100 individus dans la nature. Des élevages de sauvegarde préparent son retour.
334 tortues à soc saisies par les autorités entre 2002 et 2016, alors qu'il en restait quelques centaines dans la nature
Description de l’animal
La tortue à soc, appelée angonoka à Madagascar, porte une carapace ovale et très bombée. Ses écailles dorées, cerclées de brun foncé, en font l’une des plus belles tortues terrestres du monde. Les mâles mesurent de 36 à 49 centimètres et pèsent jusqu’à 19 kilos. Les femelles sont un peu plus petites.
Son nom vient d’un détail de son plastron, la partie inférieure de la carapace. À l’avant, une écaille se recourbe vers le haut et forme une pointe entre les pattes avant, comme le soc d’une charrue.

Elle vit dans la savane arbustive du nord-ouest de Madagascar, entre bambous, palmiers et fourrés. Elle se nourrit surtout de feuilles d’arbustes et de fruits, mais évite les feuilles de bambou, qui peuvent contenir du cyanure. Elle consomme même les excréments de lémuriens et de potamochères. Pour se protéger, elle se cache dans les fourrés denses, mais préfère se nourrir dans les clairières herbeuses. Active le jour, elle se repose presque toute la saison sèche, de mai à octobre. Elle est surtout active en novembre et en décembre.
Sa reproduction est très lente. Une femelle pond quatre à cinq fois par an, mais seulement un à six œufs à chaque fois, et l’incubation dure en moyenne près de huit mois. Comme chez beaucoup de tortues, c’est la température d’incubation qui détermine si le petit sera un mâle ou une femelle. Les petits sont autonomes dès l’éclosion, mais beaucoup ne survivent pas : selon les années, entre 44 % et 96 % des jeunes passent le cap, contre environ 97 % des adultes.Il faut ensuite une vingtaine d’années pour qu’une tortue à soc devienne adulte. Elle pourrait vivre de 50 à 100 ans.
Le saviez-vous ? Le « soc » sert d’arme pendant la saison des amours. Deux mâles rivaux s’affrontent en tentant de glisser leur soc sous la carapace de l’autre pour le retourner sur le dos. Le vainqueur gagne le droit de courtiser la femelle. Ces combats ont lieu pendant la saison des amours, d’octobre à février, avec un pic en novembre et décembre.
Pourquoi elle est en danger
L’espèce ne vit que dans un seul endroit au monde : la région de la baie de Baly, au nord-ouest de Madagascar, où un parc national a été créé pour la protéger.
Sa principale menace est le trafic d’animaux de compagnie. Sa beauté et sa rareté attirent des collectionneurs prêts à payer très cher. Entre 2002 et 2016, les autorités ont saisi 334 tortues à soc, à Madagascar et ailleurs, et le trafic a fortement augmenté à partir de 2010. Les équipes de terrain ont vu les prix du marché noir s’envoler.
Les relevés réalisés entre 2006 et 2015 ont montré que la population avait diminué de plus de moitié. En 2014-2015, on comptait encore environ 500 adultes et subadultes. Depuis, le braconnage s’est intensifié. Deux des quatre sous-populations auraient disparu, et une troisième compterait moins de dix individus. Aujourd’hui, les scientifiques estiment qu’il n’en reste que 50 à 100 dans la nature, et la Turtle Survival Alliance la considère comme « présumée fonctionnellement éteinte » à l’état sauvage. Les feux, allumés pour créer des pâturages pour le bétail, détruisent aussi son habitat.
Ce qui est fait pour la sauver
Le Durrell Wildlife Conservation Trust gère à Ampijoroa, dans le parc national d’Ankarafantsika, un centre d’élevage de sauvegarde. Il est protégé par des gardes armés depuis les attaques de braconniers.

Pour décourager les trafiquants, les équipes gravent un numéro d’identification sur la carapace des tortues sauvages. Une tortue ainsi marquée intéresse beaucoup moins les collectionneurs. Les partenaires financent aussi des patrouilles anti-braconnage autour de la baie de Baly et sensibilisent les communautés locales. Ils travaillent aussi avec les autorités locales pour faire appliquer la loi et surveiller le commerce illégal.
Une bonne nouvelle est venue de Californie. Des tortues à soc saisies chez des trafiquants avaient été confiées en 2010 à la Turtle Conservancy. En 2025, elles ont donné naissance à 25 petits, la première reproduction réussie de l’espèce hors de Madagascar. À partir de 2026, les jeunes tortues doivent être transférées à Madagascar pour y grandir dans des installations protégées.
Les lâchers dans la nature sont pour l’instant suspendus, tant que le braconnage reste trop menaçant. Mais une population de réserve existe désormais. Le jour où la baie de Baly sera sûre, elle pourra la repeupler.
Comment aider
Sauvons les animaux ne recueille aucun don. Voici des organismes reconnus qui agissent pour la tortue à soc :
- Turtle Conservancy finance les patrouilles, le centre d’élevage et le retour des jeunes tortues à Madagascar. Faire un don pour la tortue à soc
- Durrell Wildlife Conservation Trust gère le centre d’élevage d’Ampijoroa. Faire un don à Durrell
Et au quotidien :
- N’achetez jamais de tortue sans connaître son origine légale. Le trafic d’espèces protégées commence par la demande.
- Signalez toute annonce suspecte de vente de tortues rares sur internet aux autorités de protection de la faune.
- En voyage, ne rapportez aucun animal ni aucune carapace : c’est souvent illégal et cela alimente le trafic.
Soutenir un organisme
Nous ne recueillons aucun don. Ces organismes reconnus agissent directement pour cette espèce :
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Turtle Conservancy
Finance les patrouilles anti-braconnage autour de la baie de Baly, le centre d'élevage d'Ampijoroa et un programme d'élevage qui a produit 25 jeunes en 2025.
Faire un don — Turtle Conservancy (site externe, nouvel onglet) -
Durrell Wildlife Conservation Trust
Gère le centre d'élevage de sauvegarde de la tortue à soc à Ampijoroa, à Madagascar, et mène des recherches sur l'espèce.
Faire un don — Durrell Wildlife Conservation Trust (site externe, nouvel onglet)
En images
Utilisez les flèches gauche et droite pour parcourir les photos.
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Une tortue à soc au zoo de Francfort (Allemagne), en 2017. Les zoos participent aux programmes d'élevage. Photo : NasserHalaweh, CC BY-SA 4.0 (source) -
Une tortue à soc au parc Pairi Daiza (Belgique), en 2007. Photo : Daniel71953, CC BY-SA 4.0 (source) -
Le lac Ravelobe, à Ampijoroa, dans le parc national d'Ankarafantsika, où se trouve le centre d'élevage de la tortue à soc géré par Durrell. Photo : Phantom401, CC BY-SA 4.0 (source) -
Plan ancien de la baie de Baly (XVIIIe siècle), le seul endroit au monde où vit la tortue à soc. Photo : Auteur inconnu (Bibliothèque nationale de France), Domaine public (source)
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Sources
- Astrochelys yniphora — évaluation de la Liste rouge (2008), UICN, consulté le .
- Ploughshare tortoise, Phoenix Species Project, consulté le .
- Ploughshare Tortoise, Turtle Survival Alliance, consulté le .
- Illegal pet trade driving the ploughshare tortoise to extinction, Durrell Wildlife Conservation Trust, consulté le .
- Ploughshare tortoise program, Turtle Conservancy, consulté le .
- Astrochelys yniphora — fiche de l'espèce, Animal Diversity Web (Université du Michigan), consulté le .
Crédits photo
- Une tortue à soc sauvage dans son habitat de la baie de Baly, à Madagascar. Photo : Andrea Currylow, Angelo Ramy Mandimbihasina, Paul Gibbons et al. (PLOS ONE, 2017), CC BY 4.0 (source)
- La carapace en dôme et le « soc » qui dépasse sous la tête, entre les pattes avant. Photographiée au parc Pairi Daiza (Belgique). Photo : Hans Hillewaert, CC BY-SA 4.0 (source)
- L'écologue Liz Howe avec une tortue à soc, à Madagascar. Photo : Mike Howe, CC BY-SA 4.0 (source)
- Une tortue à soc au zoo de Francfort (Allemagne), en 2017. Les zoos participent aux programmes d'élevage. Photo : NasserHalaweh, CC BY-SA 4.0 (source)
- Une tortue à soc au parc Pairi Daiza (Belgique), en 2007. Photo : Daniel71953, CC BY-SA 4.0 (source)
- Le lac Ravelobe, à Ampijoroa, dans le parc national d'Ankarafantsika, où se trouve le centre d'élevage de la tortue à soc géré par Durrell. Photo : Phantom401, CC BY-SA 4.0 (source)
- Plan ancien de la baie de Baly (XVIIIe siècle), le seul endroit au monde où vit la tortue à soc. Photo : Auteur inconnu (Bibliothèque nationale de France), Domaine public (source)
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