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Mammifère · Terrestre

Gibbon de Hainan : le chant du primate le plus rare du monde

Au lever du jour, dans une forêt de l'île chinoise de Hainan, résonne le chant du primate le plus rare de la planète. En 2003, ils n'étaient plus que 13. Ils sont aujourd'hui 42 : une remontée lente mais réelle, portée par des années d'efforts.

13 → 42 gibbons de Hainan en 2003, puis en 2025

Silhouette sombre d'un gibbon suspendu par les bras à une branche, se découpant sur un ciel pâle entre les feuillages.
Un gibbon de Hainan en silhouette dans la canopée, en 2009. Les photos libres de droits de l'espèce sont extrêmement rares. Photo : Anna Frodesiak, Domaine public (source)

Description de l’animal

Le gibbon de Hainan est un petit singe sans queue, fait pour la vie dans les arbres. Avec ses longs bras puissants et ses doigts allongés, il se déplace en se balançant de branche en branche, une technique appelée brachiation. Actif le jour, il ne descend presque jamais au sol.

Mâles et femelles ne se ressemblent pas du tout. Le mâle est entièrement noir, avec une petite crête sur la tête et parfois des joues dorées. La femelle porte un pelage doré ou crème, avec une calotte noire sur le dessus du crâne. Curieusement, tous les bébés naissent très pâles, puis deviennent noirs : les femelles ne reprennent leur couleur claire qu’à l’âge adulte.

Il se nourrit surtout de fruits, comme les figues et les litchis sauvages, mais aussi de graines et parfois d’insectes. Il vit en famille : un mâle, deux femelles et leurs petits. Les femelles restent généralement dans leur famille d’origine.

Chaque matin, peu avant ou après le lever du soleil, les familles chantent. Ces chants puissants, audibles jusqu’à deux kilomètres, servent à attirer un partenaire, à renforcer les liens du groupe et à marquer le territoire. Les scientifiques s’en servent aussi pour compter les gibbons.

Le saviez-vous ? En 2016, des chercheurs ont décrit chez le gibbon de Hainan un comportement de « jonglage » encore jamais signalé chez un primate non humain. Ce singe discret n’a pas fini de nous surprendre.

Pourquoi il est en danger

Dans les années 1950, environ 2 000 gibbons vivaient sur l’île de Hainan. La chasse et l’exploitation forestière ont ensuite ravagé l’espèce. Au début des années 1980, elle ne survivait plus qu’à Bawangling, l’une des dernières forêts primaires tropicales de l’île. En 2003, il ne restait que deux familles, soit 13 individus.

Aujourd’hui, la chasse est sous contrôle, mais d’autres dangers pèsent sur une population aussi petite :

  • Un territoire minuscule. Tous les gibbons vivent dans une seule forêt d’environ 15 km². Les forêts voisines, abîmées et morcelées, sont difficiles à coloniser.
  • La consanguinité. Selon l’étude publiée en 2025, la diversité génétique est bien inférieure à ce qu’elle était autrefois, et les nouveaux couples sont de plus en plus apparentés. Les chercheurs ont séquencé le génome de 18 des 21 adultes. Ils mettent en garde contre la capture de gibbons sauvages pour un élevage en captivité, qui pourrait encore appauvrir cette diversité.
  • Les événements extrêmes. Un typhon, une épidémie ou une mauvaise saison de reproduction peuvent suffire à faire basculer une population de quelques dizaines d’individus.

Ce qui est fait pour le sauver

Depuis 2003, l’organisme hongkongais Kadoorie Farm and Botanic Garden travaille avec la réserve de Bawangling. Il forme et finance des équipes de suivi des gibbons, soutient les patrouilles anti-braconnage et organise des recensements annuels. Il replante aussi les arbres fruitiers dont se nourrissent les gibbons, pour restaurer les forêts de plaine dégradées. Dans le village voisin de Qingsong, il aide les habitants à développer des activités qui épargnent la forêt, comme l’apiculture écologique.

En 2014, un typhon a provoqué un glissement de terrain qui a ouvert une large brèche dans la canopée, au cœur du territoire des gibbons. En 2015, des grimpeurs professionnels ont tendu au-dessus de la brèche un pont de corde de 15,8 mètres. Les gibbons l’ont d’abord ignoré, puis ont commencé à l’emprunter au bout de 176 jours, surtout les femelles et les jeunes.

Quatre images de pièges photographiques montrant des gibbons qui traversent un pont de corde dans la forêt : en grimpant, suspendus dessous, en marchant et en se balançant de bras en bras.

En octobre 2020, la Chine a créé le parc national de la forêt tropicale de Hainan, dont le gibbon est l’espèce emblème. Les équipes de la Zoological Society of London y écoutent la forêt à l’aide d’enregistreurs automatiques, et des programmes d’intelligence artificielle analysent ensuite les chants.

Les efforts portent leurs fruits : de 13 gibbons en 2003, on est passé à 33 en 2020, puis à 42 en 2025. Pour mieux les comprendre, les chercheurs ont habitué deux familles à leur présence entre 2021 et 2022 : c’est le plus grand ensemble d’observations jamais réuni sur l’espèce. L’étude publiée en 2025 apporte une autre bonne nouvelle : les gibbons trouvent assez de nourriture et se reproduisent bien. Par rapport aux autres gibbons, les femelles ont des petits à intervalles plus courts et les jeunes mâles quittent plus tôt leur famille : deux signes d’une population en bonne santé. La priorité est désormais de leur ouvrir de nouveaux espaces en créant des corridors forestiers vers les forêts voisines, pour que les jeunes puissent fonder des familles loin de leurs proches.

Comment aider

Sauvons les animaux ne recueille aucun don. Voici des organismes reconnus qui agissent pour le gibbon de Hainan :

  • Kadoorie Farm and Botanic Garden mène le programme de terrain à Hainan depuis 2003. Son formulaire de don est général. Faire un don à KFBG
  • Zoological Society of London soutient la reconnexion de la forêt et le suivi acoustique des gibbons. Faire un don à la ZSL

Et au quotidien :

  1. Faites entendre son histoire. Le gibbon de Hainan est plus rare que le panda géant, mais presque personne ne le connaît.
  2. Ne partagez jamais de vidéos de singes présentés comme animaux de compagnie. Elles encouragent le commerce illégal des primates.
  3. Soutenez les forêts tropicales en privilégiant le bois et le papier issus de forêts gérées durablement.

Soutenir un organisme

Nous ne recueillons aucun don. Ces organismes reconnus agissent directement pour cette espèce :

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En images

Utilisez les flèches gauche et droite pour parcourir les photos.

  • Montagnes couvertes de forêt tropicale sous un ciel nuageux, au-dessus d'une vallée verdoyante.
    Les forêts de montagne du centre de Hainan, secteur de Yinggeling, en 2013. Photo : 川号子, CC BY 3.0 (source)
  • Vue satellite de l'île de Hainan, verte et en partie couverte de nuages, au sud de la côte chinoise.
    L'île de Hainan vue par le satellite Terra de la NASA, en février 2021. Les derniers gibbons vivent dans une forêt de 15 km² au cœur de l'île. Photo : MODIS Land Rapid Response Team, NASA GSFC, Domaine public (source)
  • Carte de l'Asie du Sud-Est montrant en couleurs les aires de répartition des gibbons à crête du genre Nomascus, dont une minuscule zone sur l'île de Hainan.
    Répartition des gibbons à crête du genre Nomascus, d'après la Liste rouge de l'UICN. Photo : M. Bitton, CC BY-SA 3.0 (source)

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Sources

  1. Nomascus hainanus — évaluation de la Liste rouge (2015), UICN, consulté le .
  2. Hainan gibbon population (23 avril 2025), China Daily, consulté le .
  3. Hainan gibbon — fiche de l'espèce, Zoological Society of London, consulté le .
  4. Protecting the world's rarest primate: the Hainan gibbon, Zoological Society of London, consulté le .
  5. Saving the singing and swinging ape of China's Hainan Island, Conservation Optimism / KFBG, consulté le .
  6. Recovery of the Critically Endangered Hainan gibbon Nomascus hainanus, Oryx 51(1), 2017, Deng, Zhang et Zhou, consulté le .
  7. First use of artificial canopy bridge by the world's most critically endangered primate, the Hainan gibbon, Scientific Reports, 2020, Chan et al., consulté le .
  8. World's rarest primate helped by simple rope bridge, National Geographic, consulté le .

Crédits photo

  1. Un gibbon de Hainan en silhouette dans la canopée, en 2009. Les photos libres de droits de l'espèce sont extrêmement rares. Photo : Anna Frodesiak, Domaine public (source)
  2. Les différentes façons dont les gibbons de Hainan utilisent le pont de corde installé en 2015 au-dessus d'un glissement de terrain. Photo : Kadoorie Farm and Botanic Garden (pièges photographiques), dans Chan et al., Scientific Reports, 2020, CC BY 4.0 (source)
  3. Les forêts de montagne du centre de Hainan, secteur de Yinggeling, en 2013. Photo : 川号子, CC BY 3.0 (source)
  4. L'île de Hainan vue par le satellite Terra de la NASA, en février 2021. Les derniers gibbons vivent dans une forêt de 15 km² au cœur de l'île. Photo : MODIS Land Rapid Response Team, NASA GSFC, Domaine public (source)
  5. Répartition des gibbons à crête du genre Nomascus, d'après la Liste rouge de l'UICN. Photo : M. Bitton, CC BY-SA 3.0 (source)

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